Pourquoi ?

Harms est très peu connu en Europe, a fortiori en France. En Russie, c’est une autre affaire : il est, dans la culture, aux côtés de Maïakovski.

Mais, disons-le sans chauvinisme aucun, mais comme un un constat et à vrai dire un point de départ, nous sommes français. (Cela-dit, et c’est un paradoxe à ne pas fuir, Harms détestait tout ce qui était français ou avait trait à la France. Qu’importe, le paradoxe justement ça nous plaît).

En proposant une vision de Harms, il y a donc aussi l’envie de le faire découvrir.

Parce qu’il est mordant, drôle, acerbe, sincère, anarchiste et mystique.

Parce que notre époque en a besoin. Parce que, malheureusement, elle est le miroir des années 30.

Parce qu’il y en a assez des bons sentiments dans l’art.

Parce que Harms rappelle la force de l’inconscient non censuré.

Évidemment, il y a eu des mises en scène (A noter celle de Robert Wilson en 2014) ; cette année-même, alors que nous étions en train de travailler sur Harms comme nous le faisons depuis 2015, nous avons pu découvrir avec joie ses textes mis en scène. C’était au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis. C’était passionnant car l’écart était important avec ce que nous étions en train de manœuvrer. Ça démontrait sur scène à quel point Harms est riche d’interprétations, de possibles, de non-sens différents.

En cinéma, en vidéo… rien. Or c’est mon outil. Or c’est un outil qui se prête bien à Harms. Ou l’inverse. Je ne vais pas sortir une banalité du genre « Harms c’est très cinématographique ». Je me contenterai de penser que les images me viennent de manière assez fluide et que la vidéo permet d’explorer son monde, bien qu’elle ne soit qu’un outil. Ce qui importe ce sont les situations. Et surtout leur côté « tranché » : tranchées car courtes et comme coupées au couteau , et tranchées car virulentes, coupantes. C’est pourquoi la vidéo, divisée en petits morceaux de puzzle, semble idéale. La scène contraint à trouver une forme longue : Wilson a adapté la seule nouvelle de Harms « La Vieille », et le Gérard Philippe a opté pour un assemblage de textes courts compilés en 1h30.

La vidéo me permet d’essayer de rendre l’aspect parcellaire, fragmentaire, incisif, qui me plaît tant dans les textes de Harms.

Dans cette même idée, je ne veux pas créer artificiellement de lien formellement capilotracté entre les vidéos : en gros je ne cherche pas à ce qu’elles soient toutes tournées de la même manière pour « poser un style ». Je préfère chercher pour chaque texte ce qui transparaît, ce qui transpire. Le résultat devrait donc être, je suppose, assez hétérogène.

Enfin j’essaie de travailler dans l’urgence, voire un certain désordre. Je n’en fais pas une école mais un terrain de jeu. Un bac à sable quoi. Je veux trouver quelque chose de l’inachevé, du brouillon, de l’intuition de Harms.

Et ça en vidéo.

Est-ce que ça va marcher ? Est-ce que le résultat sera bon, génial, ou même digne d’intérêt ?

Je n’en sais rien et ne cherche pas à le savoir. La surprise est en soi une perspective réjouissante. Et je me réjouis de la partager avec vous.