TOC (texte)

TOC !

L’été. Un bureau. A droite, une porte. Au mur, un tableau. Sur ce tableau est dessiné un cheval tenant un Tsigane dans les dents. Olga Pétrovna fend du bois. A chaque coup de hache, son pince-nez lui saute du nez. Evdokim Ossipovitch fume, assis dans un fauteuil.

Olga Pétrovna donne un coup de cognée sur une bûche, laquelle, cependant, ne se fend pas le moins du monde.

Evdokim Ossipovitch : Toc !

(Olga Pétrovna remet son pince-nez et cogne sur la bûche.)

Evdokim Ossipovitch : Toc !

(Olga Pétrovna remet son pince-nez et cogne sur la bûche.)

Evdokim Ossipovitch : Toc !

Olga Pétrovna (remettant son pince-nez) : Evdokim Ossipovitch ! Je vous en prie : ne dites pas ce mot « toc » !

Evdokim Ossipovitch : D’accord, d’accord.

Olga Pétrovna frappe la bûche de sa cognée.

Evdokim Ossipovitch : Toc !

Olga Pétrovna (remettant son pince-nez) : Evdokim Ossipovitch ! Vous m’avez promis de ne plus dire ce mot « toc » !

Evdokim Ossipovitch : D’accord, d’accord, Olga Pétrovna. Je ne le ferai plus.

Olga Pétrovna frappe la bûche de sa cognée.

Evdokim Ossipovitch : Toc !

Olga Pétrovna : C’est scandaleux ! Un adulte, d’âge mûr, et incapable de comprendre la prière la plus élémentaire !

Evdokim Ossipovitch : Olga Pétrovna ! Vous pouvez continuer tranquillement votre travail. Je ne vous dérangerai plus.

Olga Pétrovna : Je vous le demande, je vous le demande instamment : laissez-moi fendre au moins cette bûche.

Evdokim Ossipovitch : Fendez, mais oui, fendez !

Olga Pétrovna frappe la bûche de sa cognée.

Evdokim Ossipovitch : Toc !

Olga Pétrovna lâche la cognée, ouvre la bouche, mais elle ne peut rien dire.

Evdokim Ossipovitch se lève de son fauteuil, regarde Olga Pétrovna de la tête aux pieds, puis s’en va lentement.

Olga Pétrovna reste immobile, la bouche ouverte, et regarde Evdokim Ossipovitch s’éloigner.